Thèse


Jean-Louis LORRAIN a soutenu sa thèse « Figures de la souffrance psychique – Approche éthique » le 8 décembre 2009 sous l’égide de l’Espace éthique AP/HP Saint-Louis (Université Paris Sud 11) au Kremlin-Bicêtre.

Sa thèse fut dirigée par le professeur Emmanuel HIRSCH.

Le jury était composé des personnalités suivantes : Mme Elisabeth SLEDZIEWSKI, Mme Armelle DEBRU, M. Victor DEMARIA-PESCE, M. Denis DEVICTOR, M. Bernard-Marie DUPONT, M. Emmanuel HIRSCH.

Présentation de la thèse

« La prétention de l’ouvrage est sans doute disproportionnée avec les capacités en présence. Elle s’inscrit non dans une problématique existentielle, mais dans une recherche du sens, favorisée par un long parcours social, politique et professionnel. Rapidement, l’environnement doctorant est apparu propice pour cette quête, par l’Espace qu’il offre et le Temps qu’il compte.

Conscient de devoir produire un travail de recherche, répondant à des attentes structurées dans un contexte universitaire bienveillant et exigeant, la tentation de libérer des révoltes nous amènerait à produire un essai sur la Souffrance, ce qui n’est pas l’objectif. S’il y a révolte ce sera envers un phrasé philosophique, un obscurantisme faussement analytique, un scientisme  tendance.

Bien que refusant le débat métaphysique, nécessitant un élargissement, pouvant submerger notre objet, nous tenterons de montrer l’autonomie de nos valeurs, la possibilité de leur mobilisation dans un processus transcendantal lié à un humanisme ouvert au delà du sujet.

Nous avons envisagé un  parcours au delà du dolorisme à travers Corps et Cerveau mobilisés dans notre espace sociétal où la souffrance présente, sans cesse à redéfinir, doit apparaître dans ses réalités. L’intérêt n’est pas tant de définir les causes traitées de façon multiple, ni de proposer des politiques de prévention ou des solutions thérapeutiques.

Le support de la Souffrance par l’apport des Neurosciences devra être approché, ce qui nous conduit à définir les liens avec émotions et  sentiments.

La Souffrance occupe l’espace conscient et inconscient, circule, envahit le sujet : acteur principal et support, il est le Sujet Souffrant non pas dans un dualisme Corps-Esprit mais tel le Léviathan dominant, il est une synthèse de l’homme neural et de l’homme sociétal.

Pouvoir redéfinir le Soi et l’Autre permet une confrontation. Le regard, la figure et le visage dans leurs acceptations variées sont des outils de l’allégorie. La progression et le sens apportés par les valeurs éthiques permettent de conduire à l’homme transcendantal, en rejetant toute rédemption par la Souffrance.

La transversalité de la réflexion éthique  mobilise la connaissance au risque d’évoquer ce qui a été mieux formulé par d’autres ; néanmoins notre souci est de redonner la place perdue par le Sujet au détriment des connaissances, des expériences qu’il suscite, des sciences fondamentales ou sciences sociales.

Nous introduisons de nombreux questionnements pouvant mettre à mal le penser juste clinique, la biopolitique, le réductionnisme, l’utilitarisme en prenant le risque d’affaiblir l’éthique par des positions trop concrètes.

L’homme souffrant est divers : psychotique suivi par une consultation spécialisée,  demandeur d’asile à la recherche de soins, personne sans domicile  accueillie par une association, malade alcoolique en service hospitalier, malade en fin de vie et situation de grande exclusion. Nous refusons de voir des cas cliniques, mais nous voulons retrouver des sujets dans leur globalité perdue en nous aidant  de la sociologie du sujet et de l’anthropologie.

Il nous faudra affirmer le rôle de la réflexion éthique : permettant par le Visage de créer des ponts entre l’homme neural et l’homme sociétal.

La Conscience et la Pensée explorées par les neurosciences et les philosophies sont une opportunité pour développer les rapports étroits avec la Souffrance, que l’Ethique aborde sur les plans politiques, juridiques et culturels.

La Souffrance psychique remet en cause de nombreuses thématiques propices à l’égarement : le normal et le pathologique – le concept de proximité – empathie et compassion, mais permet un nouvel éclairage grâce aux nouvelles connaissances. Elle est créatrice car au delà de la thérapie du  Souffrant que nous jugeons insuffisante, nous tenterons de définir le devoir de Soi dans sa relation à l’Autre Souffrant.

L’ouvrage est conçu comme un parcours au long du Corps et de l’Esprit du sujet souffrant. Les questionnements scientifiques et philosophiques s’arrêtent sur des bornes (émotion, sentiment, langage, communication). Ils permettent de positionner les acteurs dominants (Levinas, Paul Ricœur mais aussi Eccles et Edelman). Nous nous intéresserons aux substrats c’est à dire aux supports de la souffrance, de la conscience et aux fonctionnalités (le mouvement, le flux) sans nous limiter  à la neurophysiologie ou à la psychodynamique.

Quels constats majeurs pourrions nous tirer de ce  parcours trop ambitieux ? Participons  nous à un recentrage de la philosophie morale ? Y a-t-il un possible au-delà de l’Ethique ?

Après réduction scientifique et philosophique peut-on affirmer que la souffrance est constitutive du socle de notre humanité ?

La transversalité de la réflexion éthique grâce aux confrontations philosophiques et scientifiques ne peut se dispenser d’une rencontre avec la Mémoire et le langage pour l’homme neural, avec l’histoire pour l’homme sociétal. Notre fil rouge, pour éviter l’égarement sera la Mélancolie. Elle nous permettra de travers les âges et les sociétés.

La Métaphore est apparue comme un outil, un transcripteur de l’imaginaire au service de l’art. Par la littérature, la peinture, etc., via la perception du Visage, nous développerons la passerelle permettant une meilleure identification de la Souffrance, dont celle des artistes. L’Art sacré mais aussi les arts dits « premiers », le livre de Job, mais aussi Baudelaire nous incitent à dépasser un cadre humaniste quasi épigénétique dont l’influence est permanente.

En suggérant l’homme transcendantal nous prenons le risque de la transcription d’un au-delà refusé, dans un réel aménagé néanmoins culturellement inspiré qui nécessitera un développement. »

Jean-Louis LORRAIN, 8 décembre 2009

Documents à télécharger

Soutenance_08.12.2009

4eme de couverture

Les annexes musicales sont :

  • Franz Joseph Haydn

Les sept dernières paroles de notre Rédempteur sur la Croix. Sonate IV. Jordi Savall (Chef
d’orchestre), Le Concert des Nations (Orchestre), Rafael Taibo (Chant). Astrée. Décembre 1990.

  • Robert Schumann

Mass, Opus 147 ; Requiem, Opus 148. Jan-Hendrik Rootering (Basse), Bernhard Klee (Chef
d’orchestre), Wolfgang Sawallisch (Chef d’orchestre), Berlin Philharmonic Orchestra (Orchestre),
et al. EMI Classics. Septembre 1987.